Patrimoine — Publié le February 21, 2019

Contribution de l’ARAU au Mémorandum de la Direction du Patrimoine Culturel (2019-2024)

Boulevard Adolphe Max

Aux yeux de la société civile, et ce depuis la création de la Région de Bruxelles-Capitale, la reconnaissance du Patrimoine bruxellois est malheureusement insuffisante. Certes, de très grands progrès ont été faits au fil du temps, aussi bien dans le champ de la protection et de la restauration que dans celui de la sensibilisation du public ; mais de nombreuses lacunes persistent par ailleurs.

De plus, des malentendus perdurent, dans l’opinion publique, au sujet du patrimoine. D’un côté il y a un engouement revivifié (parmi les nombreux posts de l’ARAU sur les réseaux sociaux, les atteintes au patrimoine constituent de loin le sujet qui suscite les réactions les plus nombreuses), de l’autre subsiste dans une partie de l’opinion publique une vision dépassée du patrimoine comme une pénalité. Cette idée demeure présente même parmi les responsables politiques et certains propriétaires qui ont maille à partir avec les services de la Direction du Patrimoine Culturel. Dans le cadre des visites guidées, les associations sont régulièrement amenées à déplorer que des propriétaires relatent leurs éventuelles déconvenues aux guides qui sont alors susceptibles de les transmettre au public. Chaque année nous devons recadrer les discours afin d’expliquer les choix des pouvoirs publics. Cela suppose que les « corps intermédiaires » et le public soient eux-mêmes dûment informés de la justification des choix faits par les administrations, et donc que les motivations soient fondées, équitables et diffusées : il s’agit d’un enjeu fondamental de démocratie dans le contexte actuel d’explosion des opinions les plus contrastées et de la défiance vis-à-vis des institutions.

En outre, parmi les professionnels et en particulier les architectes, la querelle dépassée entre les anciens et les modernes, autrement dit entre le courant culturaliste et le courant moderniste, reste, même inconsciemment, omniprésente. Les tenants de la conservation se voient opposés des reproches de poursuivre le projet d’une « ville figée », d’une « ville musée »,  de l’obsession aveugle du passé etc. alors que l’ancrage dans l’histoire permet de donner du sens, d’expliquer la situation présente, de poursuivre un projet de ville cohérent et spécifique mais aussi d’innover. Patrimoine et création contemporaine ne s’excluent pas. De très nombreuses villes européennes suivent cette voie avec un certain succès sur le plan de la qualité du cadre de vie et de l’attractivité. L’ARAU estime qu’il faut cesser d’opposer qualité du cadre de vie (dont la préservation du patrimoine fait partie), besoins actuels de mobilité et attractivité, par exemple. Ce qui est bon pour les Bruxellois est bon pour les touristes. Les visiteurs ne se déplacent pas pour voir ce qu’ils ont chez eux mais pour découvrir ce qui est spécifique à l’identité de la ville visitée. À cet égard, Bruxelles a « de beaux restes », elle doit s’abstenir de les sacrifier sur l’autel de modes volatiles (les piétonniers à vocation touristico-commerciale, les besoins du commerce et du tourisme de masse, les impératifs de la spéculation, un boom démographique prétexte à tous les abus, etc.).