Statut de Bruxelles — Publié le 7 juin 2016

Le Parlement bruxellois doit siéger dans la Bourse

Valoriser la vie de la Ville-Région appelle au courage, à l’imagination, à la clairvoyance et à une reconversion immédiate si les responsables politiques actuels veulent le progrès du peuple et son adhésion.

Une carte blanche de René Schoonbrodt et Marc Frère, ancien président et président de l’ARAU

Les dramatiques événements que Paris et Bruxelles viennent de vivre et la douleur des familles meurtries obligent à mieux concevoir la vie urbaine bruxelloise, ses services et ses institutions, institutions qui sont accusées de multiples dysfonctionnements. Ceux-ci trouveraient leur origine dans la multiplication des organes politiques et administratifs : le mille-feuille institutionnel. S’il faut reconnaître qu’il existe, rappelons qu’il est partiellement justifié par des origines historiques et sociologiques et la volonté d’établir une démocratie qui respecte les communautés sociales et culturelles présentes à Bruxelles autant qu’en Belgique. Ce respect suppose qu’on s’attache à éviter les conflits entre les personnes et les groupes. Il s’incarne dans une démocratie de la nuance et du compromis et non dans une société où l’on marche au pas de l’oie.

Pour que les institutions de la Ville-Région de Bruxelles s’inscrivent dans les évolutions présentes, il faut que cette Ville-Région soit une démocratie forte, un lieu politique tendu entre la diversité et l’unité. La gestion du rapport entre le particulier et le tout : voilà l’intérêt de vivre en ville et de participer à la Cité politique. Pour manifester cette démocratie vivante, participative, pour l’instituer dans la résolution des rapports sociaux, les murs de la ville doivent aussi parler. Les institutions ont besoin de matérialité ; elles s’expriment dans des bâtiments, des espaces, des monuments… des lieux ! Et il importe que les citoyens puissent voir, savoir « où ça se passe », savoir à quelle porte frapper. C’est par la maison communale qui est commune, partagée, publique, que les villes, et les villages même, ont existé et fait l’Histoire. Les symboles de tout pouvoir appellent deux mouvements : vers eux et à partir d’eux ; ils sont des lieux de demandes et de réponses.

Revenons aux dernières semaines de l’Histoire de Bruxelles. Après le double drame qui nous a frappés, la population a cherché un lieu pour pleurer et pour signifier au monde sa volonté de résister. Quel lieu commun a-t-elle spontanément élu ? Elle s’est précipitée place de la Bourse, un des rares espaces de rassemblement possibles, accessibles, exprimant une relative unité de style et une force signifiée par la belle architecture centenaire de l’ancienne Bourse, enracinée dans l’histoire millénaire de l’architecture gréco-romaine. Dans sa forme et dans son esprit, cette construction fut édifiée par le capitalisme bourgeois héritier de la culture occidentale qui avait construit partout des temples, des basiliques, des églises. Et tous les pouvoirs se sont exprimés dans des lieux analogues : assemblées parlementaires ou pouvoirs exécutifs… y compris chez nous au palais de la Nation rue de la Loi, à l’Opéra de la Monnaie.

La démocratie formelle autant que la société civile a besoin de lieux dignes signifiant l’importance  de celui qui parle et de celui qui écoute. Pour répondre à cette exigence, la Bourse peut remplir cette fonction, elle doit être le nouveau siège de la démocratie à Bruxelles. En clair, le Parlement de la Ville-Région doit investir les lieux de l’ancienne Bourse. Le bâtiment de la rue du Lombard n’a, en effet, jamais réussi à incarner l’Institution régionale. Il faut le quitter, du moins pour les débats parlementaires, et occuper la Place de la Bourse où les réunions du Parlement bruxellois se tiendront dans un lieu représentatif, accessible – à pied – et lisible pour la population qui l’a, en outre, elle-même plébiscité pour exprimer sa solidarité et sa compassion.

On sait qu’il existe des projets pour transformer la Bourse en Palais de la bière, « musée » ridicule et dérisoire. Les prochains rassemblements populaires devront-ils vraiment s’incliner devant des chopes ? C’est indigne ! Les correspondants de la presse étrangère auront beau jeu de tourner notre esprit de clocher en dérision. De plus, comment comprendre cette célébration des libations et de l’alcoolisation qui, certes, appartiennent à notre culture et à l’économie belge, quand un tiers au moins de la population pratique l’abstinence ? Est-ce cela le « vivre ensemble » ? Nous nous étonnons d’ailleurs qu’aucune consultation publique n’ait été menée sur ce projet comme c’était pourtant prévu par le PRD de 1995 à propos des « projets phares ». Ce dernier aspect n’aurait pas manqué d’être soulevé.

La population de Bruxelles, dans l’État et en Europe, a droit à la grandeur, à la fierté de sa démocratie. Elle a droit à être représentée magnifiquement. Et les élus eux-mêmes ont droit de disposer d’un lieu valorisant leur engagement dans la construction du bien commun. Ce lieu sera celui de l’accueil digne, respectueux, de tous les habitants de la cité, du pays, de l’Europe et du reste du monde.

Valoriser la vie de la Ville-Région appelle au courage, à l’imagination, à la clairvoyance et à une reconversion immédiate si les responsables politiques actuels veulent le progrès du peuple et son adhésion.

Au fronton de la Bourse on gravera : SENATUS POPULUSQUE BRUXELLENSIS

René Schoonbrodt – Marc Frère, ancien président et président de l’Atelier de Re-cherche et d’Action Urbaines (ARAU)

29 mai 2016

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