Espace Public — Publié le 13 octobre 2015

Le piétonnier de Bruxelles exclut la parole politique

Texte de René Schoonbrodt, ancien président de l’ARAU et d’Inter-Environnement Bruxelles

Ce 14 octobre 2015, la Commission de Concertation de la Ville de Bruxelles examinera les observations et réclamations exprimées lors de l’enquête publique portant sur la création d’un piétonnier s’étendant de la place Fontainas à la place De Brouckère.

Mais que révèle ce projet des rapports sociaux et politiques entre d’une part, les autorités communales (et régionales) s’appuyant sur leurs partis respectifs, et, d’autre part, la société civile elle-même fragmentée entre groupes d’intérêts économiques, associations d’habitants/résidents, et pro-voitures ?

Deuxième question : quels objectifs visent les changements de fonction d’un centre-ville ? Quelle signification politique globale entraîne ce changement dans la jouissance de l’espace public de la ville – en ce cas de Bruxelles ?

Pour certains un piétonnier de quelques hectares ne sera qu’un détail. Erreur ! Il est le signe d’une mise en ordre de la société urbaine et globale voulue par le libéralisme triomphant. Ce que ce système attend des gens c’est leur consommation et leur abêtissement dans l’amusement. Les syndicats et les associations n’ont pas compris la portée politique de cette exclusion. Il est temps que tout le monde sache que le changement social, économique, culturel et politique viendra non plus de l’occupation des usines et des bureaux mais de la ville, de ses rues, de ses places. Car c’est là que demain encore plus qu’aujourd’hui les exploités, les exclus de la culture, du travail, de la santé tisseront des liens de solidarité ouvrant à la parole politique et offrant en ces lieux mêmes le plaisir de vivre. Mais pour tous ceux qui ne connaissent que l’obéissance au marché et à ses thuriféraires publics, il est temps de penser et d’agir aujourd’hui, demain, toujours, pour ne pas être condamné à se taire.

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