Espace Public — Publié le 16 juillet 2012

Projet de modification du PRAS, dit « PRAS démographique »

La question posée dans le cadre de l’enquête publique est la suivante : le projet de modification du PRAS constitue-t-il la réponse adéquate aux objectifs déclarés ? Après examen, l’ARAU est contraint de répondre par la négative. Le PRAS n’apporte en effet pas de réponse concrète à la demande actuelle et future de logements des ménages aux plus faibles revenus, surreprésentés à Bruxelles. Au contraire, puisqu’il il exclut la production de logements sociaux sur des terrains publics comme au Heysel.

Le PRAS démographique, en ouvrant les portes à la spéculation sur des changements d’affectation de ZIU et de ZAPT, sans introduire de mécanismes de contrôle du foncier public ni de captation des plus-values sur les réalisations de promotions privées, favorise les grands projets privés qui s’adressent au segment supérieur du marché et aux grandes entreprises de BTP.
Ce faisant, il marginalise la capacité de reproduction de la ville sur elle-même, la rénovation urbaine et les PME qui sont susceptibles de réaliser ce travail de fourmi.
Mais aussi et surtout il s’engage dans une voie qui n’est pas susceptible de répondre aux besoins : le boom démographique est principalement le fait du solde naturel positif des quartiers populaires et de l’arrivée de migrants pauvres.

Le PRAS doit s’assortir d’autres mécanismes de promotion de la rénovation urbaine.
Le discours politique tend à promettre une très hypothétique captation des plus-values pour la mise en œuvre de laquelle nous ne sentons aucune capacité politique. Le RIE épouse déjà le raisonnement des promoteurs selon lequel la plus-value sera « absorbée » par les coûts de dépollution des terrains que personne ne les a obligés à acheter. Les promoteurs introduiront des recours et le politique renoncera.


Le PRAS démographique présente les mêmes travers que le PRAS précédent : celui d’une planification à rebours qui entérine les désirs des promoteurs et court derrière des opportunités potentiellement volatiles. Que se passera-t-il quand les zones d’industrie urbaines les mieux placées vis-à-vis du canal (Biestebroeck, Birmingham, Quai des Usines) auront disparu, que les entreprises auront vendu leurs terrains pour aller s’implanter, avec les emplois qu’elles génèrent, à l’extérieur de la Région, dans des zones plus accessibles et plus compétitives sur le plan fiscal et que le nouveau public installé dans les quartiers populaires se rendra compte que ceux-ci ne correspondent pas à ses besoins, à ses exigences « spécifiques », que sa tolérance à la multiculturalité rencontre des limites et qu’il y manque d’équipements de qualité, en premier lieu les écoles ? La création d’une bulle immobilière à la madrilène n’est pas à exclure.
Dans le domaine de la mobilité, l’ARAU regrette le caractère régressif du PRAS et  rappelle que, d’après le Plan Iris II, seule la mise ne œuvre d’un dispositif de taxation kilométrique peut réduire la pression de la circulation automobile sur Bruxelles.

 
Enfin, si Bruxelles veut accueillir de nouveaux habitants il faudra développer des emplois et une nouvelle politique industrielle. Si les constats sont établis, en particulier dans l’Observatoire des fonctions productives, l’ARAU déplore qu’aucune prospective industrielle et de reconversion ne transparaisse dans les démarches qui sous-tendent le projet de PRAS. L’industrie métallique et automobile, qui occupe 51% des espaces industriels à Bruxelles, est en perte de vitesse. S’il devait s’avérer que le salut des villes réside dans le développement de l’agro-alimentaire, des filières courtes, de la production locale de produits manufacturés, de l’activité des PME dans tous les secteurs, Bruxelles ne dispose alors pas d’autres réserves foncières que les ZIU et les ZAPT actuelles.
L’ARAU redoute que le discours actuel sur le logement de standing comme fonction messianique ne produise les mêmes effets que la conviction des années 1980-2000 sur le rôle moteur du secteur tertiaire dans l’économie bruxelloise. Voilà le résultat : l’économie bruxelloise est aujourd’hui tertiarisée à 90%, elle est exposée aux délocalisations et aux caprices des entreprises et, en l’absence de mécanismes régulateurs, le PRAS actuel a permis le développement d’une bulle immobilière tertiaire. Le taux de vacance voisine avec les 10% et près de 1,5 millions de m² de bureaux sont vides. Il revient, en bout de course, aux pouvoirs publics la tâche difficile de gérer les « terrils du tertiaire », comme un jour ils devront probablement gérer des centres commerciaux vides et des grands ensembles de logements dont l’implantation et l’environnement n’auront pas satisfait aux besoins de la clientèle visée.


L’ARAU s’étonne que le projet de PRAS porte encore une pensée obsolète sur la ville, axée sur la spéculation et la voiture, quand la double crise énergétique et financière impose une complète reconversion de l’économie et des modes de vie des ménages.

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