Midis — du 10/10 au 28/11/2013

L’État et les associations (critiques) : quelles relations ?

Bruxelles dispose d’une société civile développée et active. Historiquement, celle-ci résulte d’un contexte politique spécifique dans lequel la recherche du compromis est en permanence nécessaire et où le dialogue entre responsables politiques et partenaires sociaux aux objectifs divergents est institué dans l’usage de la concertation sociale. Dans une société de plus en plus complexe et individualiste, ce modèle constitue sans doute une force et une originalité.

En 1994, l’ARAU organisait son colloque annuel (l’École urbaine), sur le thème « La ville, la société civile et le pouvoir ». La préoccupation principale réside alors dans le renforcement des politiques régionales. René Schoonbrodt, Président de l’ARAU, note dans la conclusion « que le Gouvernement et le Conseil régional bruxellois se ferment à la société civile, que son écoute est de plus en plus refusée, que surgit la volonté d’encadrement des associations, que l’immigration – grande constituante de la société civile – est mal perçue, que toute parole politique exprimée en dehors des partis est irrecevable ».

Qu’est-ce qui a changé depuis 20 ans ? La Région n’est plus seulement le projet commun, elle incarne aussi le pouvoir, qui légifère et élabore des politiques dans des domaines étendus, qui tente de répondre aux demandes des divers acteurs de la société. Globalement, elle reconnaît et soutient le fait associatif : elle consulte et associe aux publications, aux auditions parlementaires, aux divers « ateliers prospectifs » et échanges de vue sectoriels, aux grand-messes. Instrumentalisation, légitimation, diront certains. Toujours est-il qu’une parole est possible.

Les associations ont poursuivi leur institutionnalisation : elles font partie du paysage. Elles proposent, commentent, agissent, elles produisent elles-mêmes du politique.
Mais, quand elles s’aventurent sur le terrain critique, la tension avec le monde politique est inévitable et souvent mal vécue. On exige de lui qu’il arbitre, tranche, motive, explique face à des militants qui détiennent une certaine longévité.

Comment articuler ce couple mal assorti ? On reconnaît volontiers aux associations un rôle d’aiguillon, de vigile quant à l’évolution des besoins et demandes de la société. Mais quelle est leur marge de manœuvre et la capacité critique réelle face aux orientations des politiques mises en œuvre quand les moyens d’existence dépendent en partie de ceux à qui les critiques s’adressent ? Les associations ont-elles pour unique vocation à relayer sur le terrain les politiques déterminées par l’Exécutif ?

Entre ces deux pôles : confrontation et précarité, d’un côté, et sous-traitance encadrée, de l’autre, la marge est étroite. Une démocratie mature peut sans doute proposer mieux, d’autant que les citoyens s’impliquent désormais individuellement et directement, au besoin sans référence au bien commun.

Face au marché, à la mondialisation, aux logiques qui broient les individus les plus faibles, la démocratie moderne appelle une plus large participation collective des citoyens à la définition des politiques qui les concernent. Le politique peut s’appuyer sur les demandes et les revendications des associations afin de résister au marché dans ce qu’il a de destructeur. Les associations constituent des vecteurs d’émancipation sociale, d’égalité, de solidarité et de liberté. Pour vivre pleinement, la démocratie doit également offrir une capacité d’indignation, d’interpellation et de contrôle des politiques mises en œuvre – dans la responsabilité.

Comment dès lors, et considérant la très grande diversité du secteur, baliser les relations ? Quels outils utiliser pour articuler les rôles dans le respect de l’indépendance et de la liberté d’action réciproque ?
Car, que faut-il craindre : la critique ou le décrochage social d’une majorité de la population, « cette méfiance muette et sourde qu’engendre l’exclusion hors de l’espace public ? »[1]

A l’heure où, côté francophone, aboutit laborieusement la Charte associative dont l’application dépend d’un accord de coopération imminent entre les trois entités fédérées (Région wallonne, Fédération Wallonie-Bruxelles et Commission communautaire française) et où la Région bruxelloise, déjà dotée d’une  ordonnance relative au soutien des associations actives en matière de promotion de l’environnement urbain, entend mettre sur pied un « pôle de compétences » en matière de participation citoyenne en urbanisme, il apparaît utile de refaire le point.
 

[1] La contre-démocratie. La politique à l’âge de la défiance de Pierre Rosenvallon, présentation critique par Hervé Pourtois, in La revue nouvelle, mars 2008,p.87-92.





Programme

10 octobre 2013 12:00

Le poids économique des institutions sans but lucratif en Belgique

Gabriel Maissin

Économiste, conseiller à la Confédération du non-marchand

17 octobre 2013 12:00

Des divers types d’associations et de leurs relations au pouvoir

Abraham Franssen

Sociologue, professeur aux Facultés universitaires Saint-Louis, chercheur dans les domaines de l'action collective et de l'action publique

7 novembre 2013 12:00

Gestion de la ville : Du commodo incommodo à l’enquête publique (partie 1)

Jean Bourtembourg

Avocat au barreau de Bruxelles, Maître de conférences à l'UCL-Mons

7 novembre 2013 12:00

Gestion de la ville : Du commodo incommodo à l’enquête publique (partie 2)

Gaëlle Werquin

Avocat au barreau de Bruxelles, titulaire du Master complémentaire en droit de l'environnement et droit public immobilier

14 novembre 2013 12:00

Qu’est-ce que la citoyenneté ?

Hervé Pourtois

Professeur, Université catholique de Louvain, Chaire Hoover d'éthique économique et sociale & Institut supérieur de philosophie

21 novembre 2013 12:00

Le droit d’ester en justice des asbl : principes et jurisprudence

Maître Jacques Sambon

Chargé d'enseignement à l'Université Saint-Louis, avocat

28 novembre 2013 12:00

La cyberdémocratie, réalité ou mythe ?

Pascal Francq

Chercheur Internet à l'Université Catholique de Louvain et Président du Paul Otlet Institute

Midis de l'Urbanisme

Habituellement organisés en automne, un midi par semaine, les Midis de l’urbanisme sont un cycle de conférences qui traitent de questions relevant de la gestion quotidienne de la ville

Infos pratiques

 

Quand ? :
Les jeudis 10 et 17 octobre, les jeudis 7, 14, 21 et 28 novembre.

Où ? :
Sleep Well Youth Hotel - Salle Schuman
Rue du Damier 23
1000 Bruxelles

Combien ? :
5 € par séance. Le prix inclut les sandwiches et les boissons, à disposition dès 11h45.
(réservation souhaitée au plus tard 3 jours avant la conférence)

Accès :
Stations de métro De Brouckère ou Rogier

Infos et inscriptions :
tél - 02 219 33 45
fax - 02 219 86 75
E-mail - info@arau.org