Patrimoine — Publié le October 17, 2017

[Bourse] A monument emblématique, fonction emblématique !

La Bourse vaut mieux qu’un centre de promotion de l’alcoolisation alimenté par le tourisme low cost promu par la Ville. L’ARAU demande que le principe de la restauration de la Bourse soit acquis mais que son affectation soit mise en débat. Par ailleurs, l’ARAU exige une publicité du cahier des charges de l’appel à soumissionner en vue de la gestion du site.

Il y a exactement un an, le 4 octobre 2016, sous le titre « L’OPA de l’empire brassicole sur l’ancien immeuble de la Bourse, attention à la folklorisation du centre-ville », l’ARAU soulevait deux griefs principaux face au projet de Belgian Beer Palace (devenu World) porté par la Ville de Bruxelles pour la Bourse :

  • La question de l’escamotage du débat démocratique sur l’affectation de la Bourse,
  •  Le fait qu’à nos yeux, la Bourse méritait mieux qu’un « Palais de la bière ».

Ces deux questions restent entières : en témoigne le déroulement de la Commission de concertation de mercredi dernier (11 octobre 2017) Les architectes ont dû affronter un mécontentement dont ils n’ont pas l’entière responsabilité - même si les ajouts contemporains ont été fort critiqués (le skybar doté d’un auvent très présent et l’éventrement du socle, essentiellement). La quarantaine de réclamants présents à la réunion ont tous questionné, et petit à petit démonté, avec méthode et aussi beaucoup de colère, la pertinence du choix « muséal », le Belgian Beer World.

Ce n’est pas aux architectes de défendre le programme muséal décidé par la Ville.

Ceux-ci ont fait montre d’incompréhension face à l’agressivité de certaines interventions, incompréhension des habitants face au discours purement architectural et touristique des demandeurs (porteurs du projet), absence de réponse et de parole politique (l’Echevin de l’urbanisme ne fait que modérer et présider le débat de la Commission de concertation : on apprend cependant qu’il n’aime ni le foot, ni la bière).

Car si l’on comprend bien l’extraordinaire plus-value qu’offrent le bâtiment de la Bourse et sa situation aux porteurs de ce projet, les inquiétudes qui ont été exprimées par les habitants et représentants d’associations ou comités ont démontré, assez clairement, qu’il n’y avait, à l’inverse, aucune plus-value pour la Bourse et les habitants du centre-ville à accueillir ce projet qui vise le tourisme de masse.

La seule plus-value est la restauration et l’ouverture du bâtiment au public. D’où la principale question : cette restauration et cette ouverture au public ne peuvent-elles pas être réalisées au profit d’un autre projet qui réponde mieux aux attentes des Bruxellois ? Et surtout, en étant élaboré dans un cadre plus transparent ? Il est difficile de répondre objectivement à cette question, lorsque les seules études de faisabilité réalisées et commanditées par la Ville ont porté sur un unique projet déposé par la Fédération des Brasseurs Belges. "Nous sommes sur le projet dès le premier jour » a maladroitement résumé leur représentant Krishan Magdal lors d’une intervention décalée sur la découverte des sens par la bière grâce au Belgian Beer World

Et c’est bien là la lacune de ce projet qui aura bien du mal à trouver un jour sa légitimité. Il s’est avéré que les Bruxellois ont plein d’envie et d’idées pour la Bourse. Certains ont proposé de réaffecter la Bourse à des fonctions liées à la citoyenneté qui réalisent plus adéquatement l’objectif d’en faire « un lieu d'expériences, de débats, de liberté, d'appropriation, de transparence » qu’un temple de la mousse, fut-elle née en Belgique. Aucune alternative, à part l’alternative 0 (situation existante) n’a été étudiée dans le rapport d’incidences, alors que de nombreuses idées ont été exprimées pendant la Commission de concertation…

C’est pourquoi l’ARAU demande que le principe de la restauration de la Bourse soit acquis mais que son affectation soit mise en débat.

Par ailleurs, l’ARAU exige donc une publicité du cahier des charges de l’appel à soumissionner en vue de la gestion du site. Un certain nombre de garanties devront en effet être inscrites à ce stade et en particulier :

  • Le maintien d’une majorité de surfaces consacrées à des fins culturelles (le projet est subsidié à plus de 80% par Beliris, la Région, la Ville, le Fonds FEDER);
  • La mise sur pied d’un comité d’accompagnement scientifique destiné à encadrer la programmation des expositions temporaires;
  • Une coopération avec les autres acteurs culturels bruxellois (rappelons que la Ville poursuit une politique culturelle relativement exclusive dans laquelle elle est trop souvent juge et partie) ;
  • La Bourse doit rester une tribune : accès public aux escaliers, autorisations de manifester sur la place ;
  • L’accès gratuit à la terrasse sans obligation de consommer au sky bar ;
  • L’élaboration d’un contrat de maintenance et, en particulier de nettoyage, y compris de l‘auvent (évitons l’effet Rogier, ascenseur des Marolles, pavillons en verre des stations de métro, etc.) ;
  • L’interdiction des bâches publicitaires (mêmes « provisoires ») ;
  • L’interdiction de la diffusion de musique amplifiée électroniquement comme l’a promis le bourgmestre Close à la Platforme Pentagone lors de la réunion du 5 octobre.